Décès d’Hector Teitelbaum

Décès d’Hector Teitelbaum

Nous avons appris avec une profonde tristesse le décès d’Hector Teitelbaum. Jusqu’à l’âge de 95 ans, il était présent chaque jour dans son bureau du deuxième étage. Il a vécu une longue vie, d’une richesse scientifique et humaine exceptionnelle.

Né en Argentine en 1925, Hector Teitelbaum était dentiste de formation. À la suite du coup d’État militaire de 1962 et d’un séjour en prison pour activisme politique, il quitta l’Argentine et rejoignit la France. Les études de physique qu’il avait poursuivies en parallèle lui permirent d’être accueilli comme doctorant au Service d’Aéronomie. Il soutint sa thèse d’État en 1965, portant sur la « Mesure de l’échelle interne de la turbulence de l’atmosphère entre 80 et 100 km ». Hector travailla sur ces thèmes avec Claude Sidi, puis avec Jacques Blamont sur la caractérisation des marées atmosphériques. Il contribua également, dans le prolongement des travaux de Holton et Lindzen, à expliciter le forçage des différents modes ondulatoires sur la circulation générale de la moyenne atmosphère.

Il quitta le Service d’Aéronomie au début des années 1980 et rejoignit, avec François Vial, alors son étudiant en thèse, le LMD à l’École polytechnique. Hector et François poursuivirent leurs travaux sur les marées atmosphériques et leurs interactions avec les ondes planétaires. Ils mirent notamment en évidence une signature de l’oscillation quasi–biennale dans le signal de marée semi–diurne de pression, observé au sol depuis plus d’un siècle dans les archives météorologiques.

À la suite de la découverte du trou dans la couche d’ozone en 1985, Hector et Robert Sadourny proposèrent au CNES de reproduire l’expérience Éole afin d’étudier la dispersion, aux moyennes latitudes, des masses d’air du tourbillon stratosphérique polaire appauvries en ozone. Ce fut le début du projet Stratéole.

Hector poursuivit ensuite ses recherches à l’ENS. Sa curiosité insatiable l’amena à aborder une vaste étendue de sujets, tous liés à la dynamique de l’atmosphère : génération et déferlement des ondes de gravité, transport de vapeur d’eau, mini–trous d’ozone. Il contribua également aux études de météorologie de montagne en combinant travaux théoriques avec François Lott, observations satellitaires de toute dernière génération (AIRS) avec Joan Alexander du NWRA, ainsi que l’utilisation de données in situ et de réanalyses de la convection autour des Andes avec Hervé Le Treut et Fabio D’Andrea. Comme il aimait à le rappeler, il n’avait jamais été plus productif que dans les années 2000, alors qu’il était âgé de plus de 70 ans. L’Argentine lui décerna finalement en 2012 le prix RAICES, qui récompense les Argentins expatriés s’étant distingués dans les domaines de la science et de la technologie.

Hector Teitelbaum était ainsi un très grand spécialiste de la dynamique de la moyenne atmosphère. Il contribua à la formation de nombreux chercheurs exerçant au LMD ou dans d’autres laboratoires à travers le monde. C’était également un homme de grande culture, malicieux, vif, humaniste — avec parfois une touche misanthrope — avec qui l’on avait plaisir à échanger dans son bureau, qu’il occupa quotidiennement jusqu’au début des années 2020.

Le LMD et le département de Géosciences garderont un souvenir ému et reconnaissant d’Hector Teitelbaum et de ses nombreuses contributions pendant près de quarante ans.