Ecologie territoriale et histoire environnementale


Champ disciplinaire : Société
Niveau : M1 ou M2
Crédits : 3 ECTS



Responsables : Julia Le Noé (Géosciences) Céline Pessis, Clémence Gadenne, Christophe Bonneuil (HESS) et Gilles Billen (CNRS)
Type d’enseignement : Cours/TD
Volume horaire : 30 h



Évaluation : Exercice de restitution finale : 15 minutes de présentation suivie de 10 minutes de questions et un débat final avec l’ensemble des groupes d’étudiant.es. Nous demandons également un rapport de 8-10 pages maximum (police 12, interligne 1,15, marge normale) figures incluses références biblio non comprises. Nous demandons aussi d’attacher les données analysées sous forme d’un tableur Excel.


Mots Clés : Histoire Géochimie
Prérequis : Aucun

Matérialités Historiques : écologie territoriale et histoire environnementale

Cette unité d’enseignement présente une approche fondamentalement interdisciplinaire s’appuyant sur les outils méthodologiques de la biogéochimie territoriale, tels que l’analyse quantitative des flux et la modélisation, et sur des cadres d’analyse proposés par l’histoire environnementale, la political ecology et les études polaniystes. Il s’agit de se former à des méthodes permettant d’accéder aux dimensions matérielles et écologiques de l’histoire, en prenant comme cas d’étude l’histoire des transformations de l’agriculture en France depuis le milieu du XIXème siècle.  Gilles Billen (DR Emerite, Sorbonne Université) et Christophe Bonneuil (DR, Centre de Rech. Historiques, Cnrs-Ehess) participent aussi à cet enseignement..

1ère séance: Introduction générale à 5 voix présentant l’ambition du cours, les cadres conceptuels et notions sur lesquels il s’appuie. Nous introduisons les concepts de métabolisme socio-écologique, de territoire, de biogéochimie territoriale, de political ecology, d’histoire environnementale. Le concept de métabolisme socio-écologique trouve son origine dans les écrits de Marx dont le philosophe John Bellamy Foster et la sociologue Marina Fisher Kowalski ont produit une exégèse importante depuis les années 1990. Ce concept vise à articuler une sphère sociale à une sphère biophysique sans pour autant assimiler l’une à l’autre. Dans cette perspective le type d’objet d’étude privilégié réside dans les relations matérielles existants entre des sociétés géographiquement et historiquement situées et leur environnement biophysique (lui aussi évolutif). L’utilisation et la circulation de la matière et de l’énergie s’ancre dans un territoire. Celui choisi pour les applications du cours est le territoire de France métropolitaine, compris dans sa diversité régionale et dans ses interactions avec le reste du monde, depuis le milieu du XIXème siècle jusqu’au début du XXIème siècle. La biogéochimie territoriale formalise une vision des flux de matière et d’énergie qui permet de décrire et de modéliser le fonctionnement biophysique des socio-écosystèmes. Les relations dites « économiques » peuvent alors être analysées comme l’expression de rapports de forces sociales impliquant des dynamiques énergétiques et matérielles. Lectures envisagées : Fisher-Kowalsi (1998), Bellamy-Foster (1999).

  1. Bases conceptuelles et méthodologiques pour la biogéochimie territoriale

2ème séance: Grands enjeux environnementaux et politiques autour des cycles biogéochimiques du carbone et de l’azote. Ce cours permettra d’introduire des connaissances sur des mécanismes biologiques tels que la photosynthèse, l’effet de serre, l’eutrophisation (rappel pour le master de géosciences, peut-être nouveau pour master Étude Environnemental). Dans le même temps, la perturbation des grands cycles biogéochimiques sera mise dans une perspective historique (e.g., lien entre déforestation et colonisation, usage des énergies fossiles et industrialisation).

Lecture encore à définir pour la partie SHS. Pour la biogéochimie nous pensons déjà à des articles de Schlesinger et Galloway, spécialistes des cycles globaux C et N.

3ème séance: Première prise en main d’un tableur excel de modélisation biogéochimique d’un écosystème forestier. À cette occasion, nous expliquerons le fonctionnement biogéochimique d’un système forestier. Nous introduisons aussi de premiers éléments concernant la recherche et la critique des sources des données utilisées pour le modèle. On s’appuiera pour cela sur des cas de régions françaises (présentation des archives de la bibliothèque nationale d’agriculture) et des données sur les forêts nationales disponibles depuis 1990 (base de données FAO).

2. Agriculture, alimentation et Food Regimes

4ème séance: Introduction au Food Regime (1) : 1870-1940, 1er food regime centré sur la Grande Bretagne. Nous prévoyons d’articuler cette théorie des food regime à une compréhension du fonctionnement biogéochimique des systèmes agricoles et forestier : agriculture minière et lente afforestation aux USA, poly-culture-élevage et lente afforestation en Europe, plantation de canne à sucre et déforestation dans les pays colonisés. Alors que nous nous appuyons sur un cadre d’analyse définit dans le champ des sciences politiques, nous proposons de relier les rapports de pouvoir et vision de monde à l’œuvre dans le 1er food regime aux perturbations des cycles du C et de l’N engendrés par les changements d’approvisionnement alimentaires et énergétiques et changement d’usage des sols associés. Une analyse en termes d’échange écologique inégale et de dette écologique est également proposés. Lectures envisagées : l’article fondateur de Friedmann et McMichael (1989), Krausmann et Langthaler (2019), Daviron (2019).

5ème séance: Introduction au Food Regime (2) : 1940-1985 et 1980 – présent (?), les 2ème et 3ème food regime centrés respectivement sur les États-Unis et sur les grands groupes de l’agro-business transnationaux. Ici encore, nous prévoyons d’articuler cette théorie à une analyse biogéochimique des systèmes agricoles et forestiers: intensification et spécialisation agricoles rendues possibles par l’agriculture chimique et la motorisation, persévérance d’une agriculture vivrière dans certaines régions du monde, mouvement de ‘re-biologisation’ et ‘re-territorialisation’ de l’agriculture dans les pays riches, transition des forêts (i.e., afforestation ) qui se poursuit dans les pays de la première industrialisation et qui s’amorce dans certains pays de l’ancien bloc communiste (Russie, URSS) tandis que les pays d’Afrique centrale et d’Amérique du Sud restent soumis à une déforestation alarmante pour le climat et désastreuse pour les populations autochtones. Conséquences des rapports de force à l’œuvre durant cette période historique sur les cycles du C et de l’N et sur les changements d’affectation et d’usage des sols. De même que pour la séance 4, nous proposons de relier les rapports de pouvoir et vision de monde à l’œuvre dans les 2ème et 3ème food regimes aux perturbations des cycles du C et de l’N engendrés par les changements d’approvisionnement alimentaires et énergétiques et changement d’usage des sols associés. Une analyse en termes d’échange écologique inégale et de dette écologique est de nouveau développés. Lectures envisagées : article de synthèse de McMichael (2009) ; Friedmann (2005) ; Krausmann et Langthaler (2019) ; Daviron (2019).

6ème séance: Prise en main d’un tableur excel plus complexe comprenant à la fois l’approche GRAFS pour les systèmes agricoles et le modèle CRAFT pour les systèmes forestiers. L’idée de cette séance est de permettre une prise en main du tableur qu’ils utiliseront pour l’exercice final. Nous prenons pour cela le cas de la France afin de se familiariser avec les données de l’exercice finale. Une discussion sur la fiabilité des données d’un point de vue d’historien est engagée. Nous présentons également quelques tests statistiques courant en sciences de l’environnement, e.g., analyse de sensibilité et analyse Monte-Carlo. Lectures envisagées : Billen et al., 2014 ; Le Noë et al., 2020.

3. Trajectoires des métabolismes agricoles en France (1850-2015)

7ème séance: Trajectoires politiques et biogéochimiques de l’usage des sols en France à l’échelle territoriale. Nous changeons ici d’échelle pour aborder avec plus de finesse les logiques à l’œuvre dans les changements de pratiques agricoles et d’usage des sols en France. On s’appuiera pour cela sur une approche hybride croisant analyse quantitative des flux de matière et analyse des politiques publiques agricoles en France. Une discussion est engagée avec les étudiants sur la manière d’articuler différents champs disciplinaires afin d’avoir une compréhension écologique-historique des trajectoires d’usage des sols en France. Lectures envisagées : chapitre sur les politiques publiques agricoles par Claude Servolin ; chapitres de Duby et Wallon dans histoire de la France rurale ; Le Noë et al., 2018, 2021.

8ème-10ème: 3 séances dédiées à du travail en petits groupes visant à préparer l’exercice de restitution finale. Lors de la 8ème séance, nous présentons l’objectif de l’exercice finale : proposer une analyse historique et biogéochimique (de 1945/50 à nos jours) de 4 régions/départements français en s’appuyant sur :

  • Des données historiques dont les étudiant.es devront discuter la fiabilité,
  • Le modèle biogéochimique déjà pris en main lors de la séance 6,
  • Des documents historiques de seconde (et de première ?) main.

A partir de l’analyse historique, les étudiants de chaque groupe devront ensuite s’appuyer sur les notions de ‘dépendance au sentier’, ‘d’espace biophysique des possibles’, de ‘rupture métabolique’ pour proposer une prospective d’usage des sols dans la région qu’ils étudient à l’horizon 2050. L’exercice de prospective inclut une analyse des verrous socio-politiques et techniques susceptibles de faire obstacle aux changements proposés et une analyse des flux et bilan de matière associés à ces changements.

Les séances 9 et 10 commenceront par 2 exposés de chaque groupe d’étudiants portant sur les documents historiques qui leur auront été distribués. Ces exposés permettent d’amorcer une discussion collective concernant les obstacles et les problématiques fondamentales posées par l’exercice final.